Les chutes, la perte d'autonomie, les pathologies neurodégénératives comme la maladie d'Alzheimer bouleversent le quotidien des personnes âgées et de leurs proches. La psychomotricité gériatrique est une discipline souvent méconnue qui offre pourtant un accompagnement précieux, en complément des autres soins, pour préserver l'ancrage corporel, la confiance, et la qualité de vie. Cet article explique ce que peut apporter la psychomotricité aux seniors, que ce soit à domicile, en EHPAD ou en cabinet.
Article rédigé par Isabelle Vergès, psychomotricienne diplômée d'État à Mérignac (Bordeaux Métropole). Dernière mise à jour : avril 2026.
En bref
La psychomotricité gériatrique accompagne les personnes âgées sur l'équilibre (un tiers des 65+ chutent chaque année), la prévention des chutes, le maintien de l'autonomie, la maladie d'Alzheimer et les suites d'AVC. Les séances se déroulent en cabinet, à domicile ou en EHPAD, sur prescription médicale. Le dispositif APA peut financer les interventions à domicile selon le plan d'aide validé.
Le vieillissement : un processus corporel et psychique
Vieillir n'est pas une maladie — c'est un processus naturel qui concerne chaque être humain. Mais le vieillissement s'accompagne de transformations physiologiques, psychiques, relationnelles, qui peuvent générer des difficultés spécifiques :
- Perte de masse musculaire (sarcopénie) et de force.
- Ralentissement des réflexes et des réactions posturales.
- Troubles sensoriels (baisse visuelle, auditive, tactile).
- Altérations cognitives (mémoire, attention, orientation) — simple vieillissement ou trouble neurocognitif selon l'intensité.
- Modifications émotionnelles : deuils multiples, isolement, anxiété, parfois dépression.
- Perte de rôle social (retraite, départ des enfants, veuvage).
La psychomotricité s'adresse à cet ensemble — le corps vieillissant n'est pas qu'un corps fragile, c'est aussi un corps porteur d'histoire, de sens, de relations.
Les grandes indications en gériatrie
1. Prévention et gestion des chutes
Les chutes sont la première cause d'hospitalisation chez les personnes de plus de 65 ans. En France, environ un tiers des personnes de 65 ans et plus chutent au moins une fois par an. Les conséquences peuvent être graves : fractures, perte d'autonomie, entrée en institution, syndrome post-chute.
La psychomotricité travaille :
- L'équilibre statique et dynamique (tenir debout, marcher sans aide, se rattraper).
- La proprioception (sentir sa position dans l'espace).
- La confiance posturale (la peur de tomber est parfois aussi invalidante que la chute elle-même).
- Les transferts (se lever d'un fauteuil, se tourner dans le lit).
- La double tâche (marcher tout en parlant, en portant quelque chose).
Les outils utilisés varient : tests Tinetti, parcours psychomoteurs, exercices de posture, travail avec cible visuelle et rythmique.
La confiance posturale est travaillée autant que l'équilibre physique — la peur de tomber est parfois aussi invalidante que la chute elle-même. Photo : @qwerty4640 sur Unsplash.
2. Maladie d'Alzheimer et troubles neurocognitifs majeurs
Face à la maladie d'Alzheimer et aux autres troubles neurocognitifs (démence à corps de Lewy, démence fronto-temporale, démence vasculaire…), la psychomotricité propose un accompagnement adapté à chaque stade.
Au stade léger à modéré :
- Stimulation cognitive par le corps (parcours mémorisés, jeux psychomoteurs).
- Travail de la praxie, du schéma corporel, de l'orientation.
- Expression corporelle et émotionnelle.
- Guidance familiale.
Au stade modéré à sévère :
- Médiations sensorielles (toucher thérapeutique, musique, objets sensoriels).
- Apaisement des troubles du comportement (déambulation, agitation).
- Maintien du lien corporel et relationnel.
- Accompagnement à la fin de vie, si nécessaire.
La psychomotricité ne ralentit pas la maladie au sens biologique — mais elle contribue à la qualité de vie, à l'apaisement, à la préservation de ce qui reste (et qui reste souvent plus qu'on ne le croit).
3. Accompagnement du post-AVC, post-chirurgie
Après un AVC, une chirurgie orthopédique (prothèse de hanche, de genou), une immobilisation prolongée, le corps a besoin de se réapproprier l'espace, le mouvement, la posture. La psychomotricité complète la kinésithérapie en travaillant :
- Le schéma corporel reconstruit après lésion.
- Le rapport émotionnel au corps modifié.
- La confiance dans le mouvement.
Les deux professionnels travaillent ensemble : le kinésithérapeute sur la rééducation musculaire et articulaire, le psychomotricien sur l'intégration corporelle globale.
4. Anxiété, dépression, troubles du sommeil
Le vieillissement s'accompagne souvent de souffrance psychique : anxiété liée aux transformations du corps, dépression dans les suites de deuils ou d'une perte d'autonomie, troubles du sommeil.
La psychomotricité propose des médiations de détente :
- Relaxation guidée (Jacobson, Schultz, méthodes adaptées).
- Toucher thérapeutique.
- Respiration consciente.
- Pleine conscience (MBSR adapté).
Elle n'exclut pas un suivi psychologique ou psychiatrique — elle le complète.
5. Soins palliatifs et fin de vie
Dans certaines unités de soins palliatifs, la psychomotricité propose un accompagnement précieux par le toucher, la respiration, la voix, l'apaisement. Le corps, même affaibli, reste un lieu d'écoute, de contact, de présence.
Où se passent les séances ?
Trois modalités, selon la situation :
Au cabinet
Pour les seniors encore autonomes, qui peuvent se déplacer. Le cadre du cabinet offre un espace neutre, des médiations variées, une sortie du domicile qui est elle-même thérapeutique.
À domicile
Pour les personnes à mobilité réduite, ou dont la vie est principalement au domicile. L'intérêt : travailler dans l'environnement réel, identifier les risques de chute, adapter le quotidien (parcours jusqu'aux toilettes, cuisine, lit, fauteuil).
En EHPAD, résidence autonomie, unité de soins de longue durée (USLD)
De plus en plus d'établissements intègrent une psychomotricienne dans leur équipe. Le travail peut se faire en individuel ou en atelier collectif (équilibre, relaxation, mémoire corporelle).
En cabinet libéral à Mérignac, je peux intervenir selon les cas dans ces trois modalités.
Ateliers collectifs : une dimension essentielle
En plus des séances individuelles, la psychomotricité propose des ateliers collectifs particulièrement pertinents en gériatrie :
- Atelier équilibre / prévention des chutes : 8 à 12 séances, en petit groupe (6-8 personnes).
- Atelier gym douce adaptée : activité physique régulière, travail cardio-respiratoire léger, socialisation.
- Atelier relaxation : détente, respiration, réduction du stress.
- Atelier stimulation cognitive par le corps : rythmes, mémoire motrice, orientation.
Ces ateliers sont souvent organisés par des municipalités, des associations, des EHPAD, voire en cabinet libéral.
Le rôle des aidants familiaux
Dans le parcours d'une personne âgée, les aidants (conjoints, enfants, petits-enfants) jouent un rôle immense — souvent au prix de leur propre épuisement. La psychomotricité peut proposer :
- Une guidance pour aider l'aidant à accompagner les gestes du quotidien (transferts, habillage).
- Une écoute du vécu corporel et émotionnel de l'aidant lui-même.
- Des temps de répit pour l'aidant pendant les séances du proche accompagné.
L'aidant est un partenaire du soin, pas un prolongement invisible.
Remboursements et prise en charge
La psychomotricité en cabinet libéral n'est pas remboursée par l'Assurance Maladie de droit commun. Cependant plusieurs dispositifs existent pour les seniors :
- APA (Allocation Personnalisée d'Autonomie) : pour les personnes en perte d'autonomie (GIR 1 à 4), l'APA peut financer des interventions à domicile, dont parfois la psychomotricité, selon le plan d'aide validé par le département.
- Mutuelles : certains contrats seniors proposent un forfait psychomotricité.
- Caisses de retraite : certaines caisses (CARSAT, Agirc-Arrco) financent des bilans de prévention ou ateliers équilibre, parfois réalisés par des psychomotriciens.
- Prise en charge en EHPAD : intégrée au forfait soins.
Renseignez-vous auprès du CCAS de votre commune ou du CLIC (Centre Local d'Information et de Coordination gérontologique) pour identifier les aides disponibles localement.
Questions fréquentes
À partir de quel âge consulter un psychomotricien ?
Il n'y a pas d'âge plancher. Un bilan psychomoteur peut être utile dès qu'apparaissent des signaux : chutes, peur de tomber, baisse d'autonomie, plaintes mnésiques, anxiété corporelle, isolement.
Faut-il une ordonnance pour un senior ?
Oui, comme pour tout acte de psychomotricité. Le médecin traitant ou le gériatre sont les prescripteurs habituels.
Mon proche a la maladie d'Alzheimer stade avancé. Est-ce encore utile ?
Oui. Même aux stades avancés, le corps reste un lieu de communication et de présence. Les médiations sensorielles (toucher, musique, voix) créent du lien quand les mots se sont éloignés.
Combien de séances faut-il pour la prévention des chutes ?
Un programme structuré dure généralement 10 à 15 séances (hebdomadaires ou bi-hebdomadaires), avec réévaluation. Un entretien régulier (séances d'entretien mensuelles ou ateliers de groupe) est souvent recommandé ensuite.
Les séances à domicile coûtent-elles plus cher ?
Généralement oui, un supplément déplacement s'ajoute au tarif de la séance. Voir la page tarifs pour les modalités.
La psychomotricité peut-elle remplacer la kinésithérapie ?
Non, les deux professions sont complémentaires. Le kinésithérapeute agit principalement sur le versant musculo-articulaire (rééducation, récupération), le psychomotricien sur l'intégration globale corps-esprit (schéma corporel, confiance, cognition corporelle). Pour une personne âgée post-chute ou post-AVC, les deux sont souvent pertinents en parallèle.
Consulter à Mérignac (Bordeaux)
Au cabinet du Phare à Mérignac, j'accueille des seniors pour des bilans psychomoteurs et des accompagnements, en cabinet ou selon les cas en intervention à domicile ou en EHPAD dans la métropole bordelaise (Mérignac, Bordeaux, Pessac, Talence, Bègles, Le Bouscat…).
Pour aller plus loin :
Sources et références
- HAS — Évaluation et prévention des chutes chez les personnes âgées
- SFGG — Société Française de Gériatrie et Gérontologie
- Service-Public.fr — APA (Allocation Personnalisée d'Autonomie)
- Ameli — Prévention et prise en charge des chutes
- Pour les personnes âgées — portail gouvernemental
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Pour toute question clinique, adressez-vous à votre médecin traitant ou gériatre.
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