Le pédiatre vous a parlé d'un bilan « psychomoteur ou ergothérapique » et vous voilà perdu. Les deux métiers sont paramédicaux, les deux travaillent sur le corps, l'action, l'autonomie — et pourtant ils ne font pas la même chose. Cet article démêle clairement les rôles, indications et différences, avec un focus particulier sur la dyspraxie, le motif de confusion le plus fréquent.
Article rédigé par Isabelle Vergès, psychomotricienne diplômée d'État à Mérignac (Bordeaux Métropole). Dernière mise à jour : juillet 2026.
En bref
Le psychomotricien travaille sur le vécu psychocorporel — la relation entre corps, mouvement, émotions et psychisme. L'ergothérapeute travaille sur l'autonomie au quotidien — il adapte l'environnement, les outils et les gestes pour que la personne puisse agir malgré ses limitations. Pour un même enfant dyspraxique, les deux peuvent intervenir en complémentarité : le psychomotricien sur le schéma corporel et la planification du geste, l'ergothérapeute sur l'aménagement de la table de travail et les outils compensatoires (logiciels, écriture sur clavier).
Deux métiers paramédicaux distincts
Le psychomotricien
La psychomotricité est une discipline paramédicale qui s'intéresse aux liens entre le corps et le psychisme. Le psychomotricien observe et accompagne :
- la motricité (globale, fine, coordination)
- le schéma corporel (conscience de son corps dans l'espace)
- le tonus (régulation entre tension et relâchement)
- la planification motrice (organisation du geste)
- la régulation émotionnelle par le corps
Formation : 3 ans dans un Institut de Formation en Psychomotricité (IFP), DE inscrit au CSP article L4332-1.
L'ergothérapeute
L'ergothérapie est une discipline paramédicale qui s'intéresse à l'activité humaine et à l'autonomie. L'ergothérapeute observe et accompagne :
- les activités de la vie quotidienne (s'habiller, manger, écrire, se déplacer)
- l'adaptation de l'environnement (aménagement du domicile, du poste de travail, de la classe)
- les aides techniques (matériels compensatoires, logiciels adaptés)
- la rééducation fonctionnelle (suite à un AVC, une amputation, une pathologie chronique)
- l'ergonomie (gestes professionnels, prévention TMS)
Formation : 3 ans dans un Institut de Formation en Ergothérapie (IFE), DE inscrit au CSP article L4331-1.
Tableau comparatif
| Critère | Psychomotricien | Ergothérapeute |
|---|---|---|
| Angle d'approche | Le vécu corporel du patient | L'autonomie du patient dans son environnement |
| Question centrale | Comment cette personne habite-t-elle son corps ? | Comment cette personne peut-elle agir au quotidien ? |
| Outils privilégiés | Jeu moteur, médiations corporelles, relaxation | Aménagements, aides techniques, gestes adaptés |
| Lieu d'intervention | Cabinet, école, EHPAD | Domicile, cabinet, école, milieu professionnel |
| Domaine d'expertise | Schéma corporel, tonus, motricité fine, régulation tonique | Autonomie quotidienne, ergonomie, compensation |
| Prescription médicale | Obligatoire | Obligatoire |
La grande question : la dyspraxie
C'est sans doute la question la plus fréquente — psychomotricien ou ergothérapeute pour un enfant dyspraxique ?
Ce que le psychomotricien apporte
- Travail sur le schéma corporel et la conscience de soi dans l'espace
- Travail sur la planification motrice (séquentialisation, anticipation du geste)
- Régulation tonique (relâcher les tensions liées à l'effort)
- Estime de soi (un enfant dyspraxique vit souvent l'échec moteur — le travail psychomoteur restaure la confiance)
- Graphomotricité : tenue du crayon, fluidité du tracé, posture d'écriture
Ce que l'ergothérapeute apporte
- Adaptation du poste de travail scolaire (inclinaison, hauteur, éclairage)
- Aides techniques : ordinateur en classe, logiciels de prédiction de mots, dictée vocale
- Méthodes compensatoires pour l'écriture (apprendre à taper au clavier, organiser ses outils)
- Stratégies d'apprentissage alternatives (planifier ses devoirs, organiser son cartable)
- Liaison avec l'école pour les aménagements (PAP, PPS)
En pratique
Pour un enfant dyspraxique modéré, les deux suivis sont souvent recommandés en parallèle, idéalement avec coordination entre les deux praticiens. Pour une dyspraxie sévère, l'ergothérapeute prend souvent une place plus importante (adaptation lourde de la scolarité).
Tableau d'orientation : qui pour quoi ?
| Situation | Plutôt psychomotricien | Plutôt ergothérapeute | Souvent les deux |
|---|---|---|---|
| Maladresse motrice chez l'enfant | ✅ | ||
| Enfant dyspraxique modéré | ✅ | ||
| Enfant dyspraxique sévère | ✅ | ||
| TDAH sans handicap moteur | ✅ | ||
| Difficultés de graphomotricité (CP-CE1) | ✅ | ||
| Difficultés persistantes d'écriture (CE2 et +) | ✅ | ||
| Trouble du spectre autistique | ✅ | parfois | |
| Adulte AVC en rééducation | ✅ | ||
| Adulte burn-out, stress chronique | ✅ | ||
| Senior à risque de chute | ✅ | ||
| Senior maintien à domicile | ✅ | ||
| Aménagement poste de travail | ✅ | ||
| Préparation à la sortie d'hôpital | ✅ |
Les zones de chevauchement
Honnêtement, les deux métiers se touchent sur plusieurs points :
- Motricité fine : un psychomotricien comme un ergothérapeute peuvent évaluer la coordination fine, mais sous des angles différents (vécu pour l'un, fonctionnel pour l'autre).
- Travail du geste : tous deux peuvent travailler un geste — mais l'un cherche à comprendre pourquoi le geste est difficile, l'autre cherche comment contourner ou compenser.
- Senior et autonomie : en EHPAD ou à domicile, les deux interviennent. L'ergothérapeute aménage la salle de bain, conseille les aides techniques. Le psychomotricien stimule les capacités motrices, prévient les chutes par le travail postural, accompagne la dimension émotionnelle (peur de chuter, repli sur soi).
Quelques exemples concrets
Cas n°1 : Léa, 7 ans, écriture lente et illisible
Bilan psychomoteur : trouble du tonus, mauvaise tenue du crayon, schéma corporel incomplet, tension importante du bras d'écriture. Préconisation : suivi psychomoteur ciblé sur graphomotricité, tonus, posture. Pas besoin d'ergothérapie pour l'instant.
Cas n°2 : Mathis, 10 ans, dyspraxie diagnostiquée, scolarité en péril
Bilan psychomoteur + ergothérapie : difficultés majeures de planification motrice, échec massif en EPS, refus d'écrire. Préconisation : ergothérapie en priorité (clavier scolaire, aménagements PAP), suivi psychomoteur en parallèle pour restaurer l'estime de soi et travailler la conscience corporelle.
Cas n°3 : Catherine, 78 ans, deux chutes en 6 mois
Bilan psychomoteur : trouble de l'équilibre, peur de chuter, repli sur soi. Préconisation : suivi psychomoteur pour travailler équilibre, ancrage, confiance corporelle. Un avis ergothérapique sera demandé en complément pour évaluer le domicile (tapis, salle de bain, escaliers).
Comment le médecin choisit ?
Le médecin traitant ou le médecin spécialiste (pédiatre, neuropédiatre, gériatre) pose un diagnostic différentiel et oriente :
- Si la dimension principale est le vécu corporel, le tonus, la régulation émotionnelle, la conscience de soi → orientation psychomotricien.
- Si la dimension principale est l'autonomie au quotidien, l'adaptation de l'environnement → orientation ergothérapeute.
- Si les deux dimensions sont mobilisées → les deux, idéalement en coordination.
Dans le doute, demandez au médecin de préciser l'indication clinique sur l'ordonnance. Un échange préalable avec le psychomotricien ou l'ergothérapeute peut aussi clarifier.
Et l'orthophoniste, le kiné, le psychologue ?
Pour ne pas perdre le fil :
- Orthophoniste : langage oral, langage écrit, voix, déglutition.
- Kinésithérapeute : rééducation musculaire et fonctionnelle, suite à un traumatisme, une pathologie ou une chirurgie.
- Psychologue : santé psychique par la parole, l'évaluation cognitive (bilans), la psychothérapie.
Questions fréquentes
Les deux sont-ils remboursés ? L'ergothérapie en libéral n'est pas remboursée par la Sécurité sociale (sauf cas spécifiques : ALD, MDPH, plateformes TND). La psychomotricité en libéral non plus. Les deux peuvent être prises en charge par certaines mutuelles, et par la MDPH (AEEH) pour les enfants en situation de handicap.
Peut-on faire les deux la même semaine ? Bien sûr — quand l'indication est posée. Idéalement avec un peu de coordination entre les deux praticiens (avec accord parental).
Si je dois choisir un seul, lequel ? Cela dépend du besoin clinique. Pour une difficulté liée au vécu corporel et à la régulation, psychomotricien. Pour une difficulté liée à l'autonomie fonctionnelle ou aux apprentissages scolaires, ergothérapeute. Demandez au médecin.
Existe-t-il des cabinets pluridisciplinaires ? Oui, certains regroupent psychomotriciens, ergothérapeutes, orthophonistes, neuropsychologues. C'est un atout pour la coordination — mais ce n'est pas systématique. La qualité d'une coordination ne dépend pas du lieu, mais de l'engagement des praticiens.
En conclusion
Plus simple qu'il n'y paraît : le psychomotricien s'intéresse au comment la personne habite son corps, l'ergothérapeute s'intéresse au comment la personne agit dans son environnement. Deux angles, deux métiers, parfois deux suivis complémentaires. La coordination entre les deux, quand elle a lieu, est souvent un facteur majeur de réussite du parcours.
Pour évoquer votre situation ou celle de votre enfant, n'hésitez pas à prendre contact — un premier échange permet souvent de clarifier l'orientation.
Cet article vous a été utile ?

