Votre enfant est-il « simplement maladroit » ou présente-t-il un Trouble Développemental de la Coordination (TDC, anciennement « dyspraxie ») ? Cette distinction est importante — car le DCD est un trouble du neuro-développement reconnu, qui touche 5 à 6 % des enfants et qui demande un accompagnement structuré pour éviter les répercussions scolaires et émotionnelles.
Article rédigé par Isabelle Vergès, psychomotricienne diplômée d'État à Mérignac (Bordeaux Métropole). Dernière mise à jour : juillet 2026.
En bref
Le Trouble Développemental de la Coordination (TDC) ou DCD (de l'anglais Developmental Coordination Disorder) est un trouble du neuro-développement reconnu, qui touche 5 à 6 % des enfants. Il se manifeste par des difficultés persistantes de coordination motrice (maladresse, écriture, gestes du quotidien) non explicables par une autre cause médicale ou intellectuelle. La psychomotricité est l'une des prises en charge recommandées par la HAS, en complément éventuel de l'ergothérapie et d'aménagements scolaires.
DCD ou dyspraxie ?
Les deux termes désignent la même réalité clinique :
- « Dyspraxie » est le terme historique, encore très utilisé en France.
- « TDC » ou « DCD » est le terme actuel des classifications internationales (DSM-5, CIM-11).
Les deux mots se rencontrent dans la littérature scientifique et clinique française. Nous utiliserons « DCD » dans cet article par souci de précision diagnostique.
Les signes du DCD
Chez le tout-petit (3-5 ans)
- Maladresse persistante au-delà de l'âge attendu
- Difficultés à courir, sauter, attraper une balle
- Difficultés à manipuler des objets fins (boutons, fermetures, peinture, ciseaux)
- Évitement des activités motrices
Chez l'enfant d'âge scolaire (6-11 ans)
- Écriture lente, illisible, douloureuse — graphomotricité difficile
- Difficulté à boutonner, lacer, s'habiller seul
- Difficulté à organiser ses affaires (cartable en désordre)
- Difficultés en EPS : ne court pas droit, ne lance pas avec précision, peine à enchaîner des gestes
- Désorientation spatiale (gauche/droite, devant/derrière)
- Difficultés en géométrie, en arts visuels, en cuisine
- Fatigabilité importante après les efforts moteurs
Chez l'adolescent
- Difficultés persistantes d'écriture
- Évitement des activités sportives et manuelles
- Perte d'estime de soi liée à l'« échec » moteur répété
- Anxiété scolaire et performance
Le diagnostic différentiel
C'est ici que les choses se compliquent. Un enfant maladroit n'a pas forcément un DCD. D'autres causes possibles :
- Trouble visuel non corrigé : un enfant qui voit mal sera maladroit. Un bilan ophtalmo est toujours préalable.
- Trouble vestibulaire : difficulté d'équilibre liée à l'oreille interne.
- Retard intellectuel : si la maladresse s'inscrit dans un retard global.
- Trouble neurologique : maladie neurologique (à exclure médicalement).
- Trouble du spectre autistique (TSA) : les particularités motrices sont fréquentes dans le TSA, mais s'accompagnent d'autres signes (communication, intérêts restreints).
- TDAH : un TDAH non traité peut générer une maladresse apparente — l'enfant ne se concentre pas sur ses gestes.
Le DCD se diagnostique par exclusion des autres causes et par persistance des difficultés malgré un apprentissage normal.
Le rôle de la psychomotricité
Évaluation initiale : le bilan psychomoteur
Le bilan permet de :
- Mesurer le retard moteur par rapport aux normes d'âge (outils étalonnés type M-ABC, BHK)
- Identifier les fonctions atteintes : tonus, schéma corporel, planification motrice, latéralité, graphomotricité
- Caractériser les ressources préservées
- Orienter vers d'autres bilans complémentaires si besoin (ergothérapie, orthophonie, neuropsychologie)
Accompagnement
Une fois le diagnostic posé (par un médecin spécialisé, sur la base du bilan), la psychomotricité travaille :
- Le schéma corporel : conscience de son corps, repères dans l'espace
- La planification motrice : organiser et anticiper le geste
- La graphomotricité : tenue du crayon, posture, fluidité du tracé
- La régulation tonique : relâcher les tensions excessives
- L'estime de soi : restaurer le plaisir du mouvement, valoriser les ressources
Articulation avec l'ergothérapie
Pour les DCD modérés à sévères, l'ergothérapeute intervient souvent en complément :
- Adaptation du poste de travail scolaire
- Apprentissage du clavier comme outil compensatoire
- Aides techniques (logiciels, matériels adaptés)
- Liaison avec l'école (PAP, PPS, AESH)
Voir notre article comparatif sur psychomotricien et ergothérapeute.
La démarche concrète
1. Repérer
Les signes ci-dessus persistent depuis plusieurs mois et gênent le quotidien (école, jeux, repas, habillage).
2. Consulter le médecin
Médecin traitant, pédiatre ou pédopsychiatre. Il vérifie d'abord qu'il n'y a pas de cause somatique (vue, audition, neurologie), puis oriente vers un bilan psychomoteur.
3. Bilan psychomoteur
2 à 3 séances avec un psychomotricien D.E. Voir notre article détaillé sur le bilan psychomoteur.
4. Diagnostic confirmé (ou écarté)
Le diagnostic de DCD est posé par un médecin (souvent un neuropédiatre, pédopsychiatre ou médecin de centre de référence) à partir des bilans paramédicaux. La psychomotricienne ne pose pas le diagnostic, elle apporte les éléments cliniques.
5. Plan de soins
- Suivi en psychomotricité (séances hebdomadaires généralement)
- Suivi en ergothérapie si DCD modéré/sévère
- Aménagements scolaires (PAP, ou PPS via la MDPH)
- Coordination entre tous les professionnels
Aides financières
Pour un DCD reconnu :
- MDPH : dossier handicap possible, donnant accès à l'AEEH (Allocation d'Éducation de l'Enfant Handicapé) et à des aides ciblées.
- Plateformes de Coordination et d'Orientation (PCO) pour les TND : pour les moins de 12 ans, le « forfait précoce » couvre des bilans et séances avant diagnostic.
- Mutuelles : de plus en plus prennent en charge psychomotricité et ergothérapie.
Questions fréquentes
À partir de quel âge poser le diagnostic ? Le DCD se diagnostique généralement à partir de 5-6 ans, quand les acquisitions motrices et scolaires révèlent les difficultés. Avant 5 ans, on parle plutôt de retard psychomoteur ou de difficultés psychomotrices.
Mon enfant va-t-il en guérir ? Le DCD ne « disparaît » pas, mais l'accompagnement permet de compenser largement les difficultés et de retrouver une vie scolaire et sociale épanouissante. Beaucoup d'adultes DCD vivent et travaillent normalement, avec quelques stratégies compensatoires.
Combien de temps dure le suivi ? Très variable selon la sévérité : de quelques mois à plusieurs années, avec des réévaluations régulières. Le but n'est pas la durée, mais l'atteinte des objectifs définis ensemble.
Et si l'enfant refuse la prise en charge ? Cela arrive — surtout chez les adolescents qui ont vécu beaucoup d'« échecs » moteurs. Le psychomotricien adapte son approche au refus, valorise les ressources, propose des médiations ludiques. Si le blocage persiste, une psychothérapie peut être indiquée en complément.
En conclusion
Le DCD n'est ni une faute éducative, ni un manque de volonté, ni un caprice. C'est un trouble du neuro-développement reconnu, qui demande une démarche structurée — repérage, bilan, diagnostic, accompagnement coordonné. La psychomotricité tient une place centrale dans ce parcours, articulée le cas échéant avec l'ergothérapie et les aménagements scolaires.
Si vous repérez plusieurs signes décrits ici chez votre enfant, n'hésitez pas à prendre contact pour un premier échange — ou à demander une ordonnance pour un bilan psychomoteur à votre médecin.
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